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Voyage de Paul Nadar vers le Turkestan russe en 1890 Jusque-là,
Paul
Nadar
a surtout exercé son art dans le domaine du portrait. Toutes les
personnalités de la seconde moitié du 19e siècle
ont défilé dans son atelier, suivies de la bourgeoisie parisienne.
Loin du confort de son atelier, il a su saisir avec bonheur la foule vivante
et colorée des bazars et des marchés de Samarcande, Tilfis,
Tachkent ou Boukhara, les chasses au faucon et à l'aigle, les grands
espaces sablonneux du désert de Kara-Koum, le dépouillement
des vestiges majestueux aux formes brisées habités par le
silence. Ce reportage - riche d'un millier de clichés - témoigne
de l'acuité de son regard et de la parfaite connaissance de son
art. L'angle de prise de vue est judicieusement choisi, le contre-jour
adroitement utilisé, les pleins et les vides harmonieusement mis
en scène ; les ombres et les lumières jouent un jeu subtil
avec les volumes. Paul
Nadar n'est ni un explorateur, ni un aventurier, mais simplement un photographe
parisien en quête de paysages insolites et dont la curiosité
est comblée comme l'atteste la correspondance adressée à
sa mère : "Ta chère pensée ne me quitte pas,
petite mère, et j'ai le regret infini que ni toi ni papa ne connaissiez
tout ce que je vois d'extraordinaire. J'en suis étourdi et il me
semble que je suis transporté dans un pays de féeries où
tout est imaginaire tellement ce qui s'est déroulé devant
notre train et ce que j'ai vu depuis mon arrivée est tellement
différent et en dehors de tout ce que l'on peut supposer."
Son voyage suit les rares voies de communications alors en service entre l'Europe et l'Asie. Parti de Paris par l'Orient-Express, il arrive à Constantinople le 18 août 1890. Du port de Batoum sur la Mer Noire, il rejoint Bakou en faisant étape à Tiflis. Enfin, la traversée de la Mer Caspienne le mène au tout récent port russe d'Ouzoun-Ada, tête de ligne du Transcaspien. D'Ouzoun-Ada à Samarcande, il visite ce pays de déserts en utilisant cette unique voie de chemin de fer. Puis en voiture à cheval, il poursuit son voyage jusqu'à Tachkent où il participe par une présentation de photographies à une Exposition Universelle.
Dans ces étendues désertiques où seules quelques oasis ont permis depuis la plus haute antiquité l'implantation de villes comme Merv, Boukhara, ou Samarcande, le chemin de fer, seule voie de communication, suit les anciennes étapes de la route de la soie. En
1890, le Transcaspien est encore en voie militaire, construite
et administrée par les soldats russes. Français, photographe de renom, Paul Nadar obtient aisément un laissez-passer pour visiter cette province contrôlée militairement par l'armée tsariste. Recommandé par le général Komarov, gouverneur du Turkestan russe et le général Annenkov, ingénieur chargé de la construction du Transcaspien, il est reçu et même fêté à chaque étape par les officiers, les émirs, les beys. Outre le classique matériel permettant d'effectuer des photographies sur plaques de verre 30 x 40 cm, difficiles à transporter sans dommage dans ce genre de reportage, il utilise de tous nouveaux appareils, mis au point par Eastman. Ces Kodak
fonctionnent avec des pellicules souples, d'un transport et d'une utilisation
beaucoup plus simples. Ils lui ont permis de ramener des centaines de
clichés qui aujourd'hui sont un témoignage précieux
sur un pays qui, en un siècle, a complètement changé
d'aspect. Désertique en 1890, le Turkestan est devenu une importante
région agricole. Les architectures islamiques, en particulier les
mosquées de Samarcande, ont été restaurées. |
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