Les listes de Monuments historiques avant 1913


La revue Les monuments historiques de la France, devenue en 1977 Monuments historiques, parut à partir de 1936. Elle voulait, selon le premier éditorial signé de George Huisman, directeur général des Beaux-Arts, « faire connaître à un public sans cesse plus nombreux et plus averti » l’activité du Service des Monuments historiques, qui fêtait à cette époque son premier centenaire. Au long de soixante années d’existence (avec une interruption entre 1939 et 1955), la Revue fut l’organe d’actualités de l’administration des Monuments historiques. Elle ouvrit ses colonnes aux architectes, aux inspecteurs, aux conservateurs, aux universitaires ou aux amateurs, pour des articles qui évoquent, selon les cas, des édifices, des chantiers, des découvertes, ou bien des réflexions sur la technique ou les politiques de restauration. Des numéros thématiques traitent parfois des provinces de France, des pays étrangers, ou de typologies particulières de patrimoine protégé. Disparue en 1996 à la suite d’évolutions internes de son éditeur, la Caisse nationale des monuments historiques (auj. Centre des monuments nationaux), la revue Monuments historiques a été en partie remplacée par la revue Monumental, publiée par le ministère de la Culture. Au fil des numéros de Monuments historiques, se dessine l’histoire architecturale et administrative du patrimoine, pan majeur de la politique culurelle française dans la seconde moitié du XXe siècle. Le présent index, qui couvre la totalité des numéros de Monuments historiques, a été réalisé en 2016 par M. Laurent Cathiard, architecte du patrimoine, sous la direction de M. Emmanuel Pénicaut, directeur-adjoint de la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine. Consulter l’index de la revue Monuments historiques.

En 1840, la Commission des Monuments historiques publie, annexée à son rapport au ministre de l'Intérieur, une liste de 1 090 « monuments pour lesquels des secours ont été demandés et que la Commission a jugés dignes d'intérêt ». Elle en renouvelle la publication, augmentée, en 1846. Le nombre de classements progresse rapidement : il atteint 2 800 en 1848 et 3 000 en 1849. La polémique s'engage de savoir s'il faut classer en masse ou être plus sélectif. Certains, comme Mérimée ou Viollet-le-Duc, privilégient les « monuments-types », c'est-à-dire les prototypes et exemples les plus aboutis de chaque style ou de chaque école. En 1862 et 1875, de nouvelles listes, sérieusement révisées selon ces principes, sont officiellement publiées : elles ne comptent plus que 1 838 monuments classés pour la première et 1 893 pour la seconde. Elles sont accompagnées d'une note d'orientation générale et des circulaires publiées depuis 1832.

La loi du 30 mars 1887 fixe les procédures de classement et de déclassement qui doivent désormais faire l'objet d'un arrêté. Elle est accompagnée d'une liste qui répartit les édifices en trois catégories : monuments mégalithiques, monuments antiques, monuments du Moyen âge, de la Renaissance et des Temps modernes. Une quatrième catégorie, celle des monuments arabes, est spécifique aux départements d'Algérie. Les listes suivantes reprennent cette organisation. Celle de 1889, paraît à la suite du décret du 3 janvier de cette année-là qui fixe les attributions et l'organisation de la Commission des Monuments historiques. Si celle de 1900 compte 2 646 classements, celle de 1910 bondit à 3 352 édifices protégés en raison de la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905. Il devient en effet nécessaire de substituer les Monuments historiques au service des Cultes pour assurer la protection et l'entretien de certaines églises importantes. Entre 1910 et 1914, la campagne d'opinion de Maurice Barrès en faveur des églises de France entraîne quelque 1 100 protections nouvelles. Elles sont intégrées à la liste des 4 454 monuments publiée au Journal officiel du 18 avril 1914, en annexe de la loi du 31 décembre 1913 « relative aux monuments historiques » qui établit de façon enfin pérenne la liste des édifices protégés. La loi du 20 mars 1929, suivie d'une liste publiée le 16 février 1930, règle les contestations suscitées par les bâtiments protégés en Alsace-Moselle sous administration allemande entre 1870 et 1918.